J’interviens depuis plusieurs années au soutien des victimes de sécheresse et d’inondation reconnue comme catastrophe naturelle contre les assureurs, en lien avec des Associations de Victimes, des Experts d’assurés et des Maitres d’œuvre et entreprises spécialisées en reprise de fondations. J’interviens en toute indépendance et ne travaille pour aucune compagnie d’assurance. J’ai l’avantage et l’inconvénient d’avoir lu les 1800 décisions de Jurisprudences rendues par la Cour de Cassation et les Cours d’Appel qui en ont à connaitre. De ce fait et du fait de ma maitrise de la géotechnique des sols et des modes de réparations, au fil du temps je suis devenu selon certains experts judiciaires « la bête noire des assureurs » sur ce sujet. Avant toute chose, je voudrais dire que les sécheresses cat nat au-delà du système et du mécanisme qui le gère et des chiffres, c’est avant tout un drame humain qui frappe des français qui sont les premières victimes du réchauffement climatique. La maison où l’on habite est le fruit d’une vie de travail, les gens s’endettent sur 25 ans parfois et l’assureur leur dit non vous vous débrouillez avec votre maison dont les fissures s’aggravent au fil du temps vers la dislocation de la maison, si rien n’est fait. La maison c’est l’élément principal du patrimoine de beaucoup de français et on laisse les gens pendant 5, 10 voire 20 ans avec des désordres avec des conséquences lourdes : Sur la vie sociale on n’invite plus chez soi dans une maison qui fissure de partout Sur le moral (dépression) Sur la santé (cancer etc) Sur la vie de famille (divorce séparation) Sur la vie tout court quand les gens ne se suicident pas. Depuis 1982, La garantie catastrophe naturelle est insérée dans tous les contrats multirisques habitation de par la loi et prévoit la prise en charge par les assureurs des désordres imputables à un événement climatique d’une intensité anormale, reconnu comme tel par arrêté interministériel comme catastrophe naturelle. Cette loi est d’ordre public de protection des consommateurs. Pour bénéficier d’une indemnisation et d’une prise en charge d’un sinistre reconnu comme catastrophe naturelle, l’assuré doit remplir 5 conditions : Être propriétaire de l’immeuble sinistré ; Être assuré en vertu d’un contrat multirisques habitation ; Avoir subi un désordre dont la cause déterminante, mais pas forcément exclusive, est un épisode de catastrophe naturelle reconnu comme tel ; Être en mesure de justifier de l’existence d’un arrêté de catastrophe naturelle Et ne pas être prescrit au visa de l’article L.114.1 du Code des Assurances. Je suis intervenu au Senat lors d’une commission d’enquête sur le Réchauffement climatique en mai 2019 et j’ai fait les propositions suivantes pour améliorer le sort des assurés. 1 définir ce qu’est la cause déterminante dans le code des assurances La sécheresse doit être la cause déterminante des désordres c’est-à-dire la cause sans laquelle les désordres ne se seraient pas produits. La cause déterminante n’est pas une cause exclusive : il peut y avoir un cumul de circonstances ce que nous dit la Cour de Cassation dans les arrêts suivant : Cour de cassation, Civ. 2ème, 29 mars 2018, n°17-15.017 Cour d’appel de Dijon, 23 octobre 2018, n°16/01392 Il n’est pas requis que la sécheresse soit la cause exclusive et unique des désordres pour que la garantie fonctionne. Cour d’appel de Montpellier, 7 novembre 2018, n° 16/00191 La cause déterminante est le facteur déclenchant des désordres. Elle se démontre par une étude de sol de type G5 Une étude de sol G5 vous dit où se trouve le bon sol et comment on répare l’immeuble d’où l’intérêt de la rendre obligatoire pour les assureurs. Les assureurs sont des professionnels des sinistres, ils savent très bien ce qu’ils font. Pour ne pas garantir les assureurs opposent souvent aux assurés comme cause déterminante le fait que L’immeuble est ancien ce qui est au sens de la jurisprudence un simple facteur aggravant L’immeuble présente des insuffisances constructives qui pourtant en mode climatique normal ne génère pas de désordre. (J’y reviendrai à la fin de mon propos) La présence de végétaux que la jurisprudence retient comme facteur aggravant La casse de descente d’EP alors que cela est souvent la conséquence du mouvement du terrain En fait, les assureurs mélangent tout et n’hésitent pas soutenir n’importe quoi, y compris à évoquer la dilatation des matériaux de construction…comme si en France nous avions des nuits à – 40°c et +40 le jour… Je propose donc la rédaction suivante à l’article L 125.1 alinéa 3 Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs et indirects non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises. La cause déterminante est le facteur déclenchant des désordres Les facteurs de prédisposition sont liés à la toponymie des lieux d’implantation de l’immeuble ou à son mode de construction. Les facteurs aggravants sont liés à l’ancienneté de l’immeuble ou à la présence de végétaux Je reviendrai sur la prise en charge des dommages indirects également. 2 obliger les assureurs à diligenter des études de sol de type G5 En l’étude de la jurisprudence, un assureur commet une faute s’il ne diligente pas d’étude de sol qui est sanctionné par le fait que la prescription biennale ne court pas. Cass 2ème civ. 16 avril 2015 (14-17.876) En l’absence d’étude de sol, la prescription biennale ne commence pas à courir et ne peut pas être opposée à l’assuré. L’assuré ne peut pas savoir si les désordres qui affectent sa maison sont liés à la nature de la construction ou s’ils sont imputables à la présence d’argile sujet au RGA. Seule une étude de sol l’informe sur la présence d’argile ou non. Un arrêt rendu par la Cour d’appel de Paris, ch. 5, le 4 novembre 2015 (n°13/14247) retient la faute de l’assureur qui engage sa responsabilité à défaut d’avoir diligenté une étude de sol. Un arrêt rendu par la Cour d’appel d’Aix-en-Provence … Lire la suite